Proba-3: la Lune a doublé une éclipse fabriquée en orbite
Le 12 août, les deux satellites masquaient déjà le Soleil quand la Lune a traversé leur champ. Pendant 8 min 40 s, cette double occultation a offert au coronographe un rare test de sa lumière parasite.

Le Soleil était déjà caché quand la Lune est arrivée. Le 12 août 2026, les deux satellites européens Proba-3 tenaient leur 65e éclipse artificielle en orbite afin de photographier la couronne solaire. La Lune a alors traversé pendant près de trois heures le champ du coronographe ASPIICS. Au cœur de ce passage, elle a entièrement couvert le disque solaire pendant 8 min 40 s. Pour l’instrument, ce fut donc une éclipse naturelle superposée à celle que la mission fabriquait elle-même.
L’intérêt scientifique ne tient pas seulement à la rareté géométrique de la scène. Une éclipse artificielle élimine l’essentiel de l’éclat du Soleil, mais le bord du masque diffracte encore un peu de lumière vers le télescope. Pendant la totalité naturelle, la Lune a aussi coupé cette source parasite. Les ingénieurs ont ainsi obtenu une séquence exceptionnellement sombre pour mesurer ce que voit réellement ASPIICS lorsque le masque, l’optique et le traitement d’image sont poussés vers leur limite.
Proba-3 transforme deux petits engins en un coronographe géant. Le satellite Occulter porte un disque de 1,4 mètre. Environ 150 mètres plus loin, le satellite Coronagraph place l’ouverture de 5 centimètres d’ASPIICS au centre de l’ombre. Des caméras, un laser et des capteurs de position maintiennent l’alignement avec une précision millimétrique. Le Soleil brillant disparaît alors derrière le disque externe, tandis que sa couronne beaucoup plus faible reste visible autour de lui.
Cette séparation résout un défaut classique. Dans un coronographe installé sur un seul télescope, le masque se trouve près des éléments optiques et sa diffraction peut contaminer la région située juste au bord du Soleil. Éloigner l’occulteur de 150 mètres réduit cette lumière diffusée et rapproche l’observation spatiale des conditions d’une éclipse totale. Aucun satellite n’est assez grand pour contenir un instrument de cette longueur; le vol en formation fournit la distance sans structure rigide entre les deux.
Le 12 août, la géométrie naturelle a ajouté un second écran. Vue depuis Proba-3, la Lune a commencé à traverser l’image d’ASPIICS vers 16 h 30 CEST, soit 14 h 30 UTC, avant la totalité observée plus tard depuis l’Europe. L’orbite très allongée de la mission la plaçait alors à environ 60 000 kilomètres de la Terre et un peu plus près de la trajectoire lunaire que les observateurs au sol. Cela explique une totalité de 8 min 40 s, contre 2 min 18 s au maximum depuis la surface terrestre.
L’ombre de la Lune était légèrement plus large que celle formée par l’occulteur de Proba-3. Pendant la phase totale, elle a donc masqué le Soleil mais aussi la lumière qui aurait pu atteindre le bord du disque artificiel et se diffracter jusqu’au détecteur. Ce noir supplémentaire fournit une référence. En comparant les images prises juste avant, pendant et après la totalité, l’équipe peut isoler le halo propre à l’instrument, vérifier la suppression de la lumière parasite et affiner ses étalonnages.
Il faut distinguer ce test d’une annonce de découverte. La double éclipse améliore les conditions de mesure et aide à comprendre les limites du coronographe. Elle ne prouve pas, par elle-même, un nouveau mécanisme solaire. Les images publiées montrent toutefois que les structures fines de la couronne restent accessibles lorsque la lumière parasite baisse encore. Les analyses scientifiques devront ensuite séparer ce qui vient du Soleil, de la polarisation, du détecteur et du traitement numérique.
La vue jaune, verte et bleue diffusée par l’ESA n’est pas une photographie telle que l’œil la verrait. Elle combine trois images enregistrées simultanément à travers trois filtres polarisants d’orientations différentes. Cette méthode révèle l’organisation de la lumière diffusée par les électrons de la couronne. Le code couleur aide à distinguer les composantes de la mesure, mais il ne faut pas le lire comme la couleur naturelle du plasma autour du Soleil.
Pourquoi chercher cette région si proche du bord solaire? La couronne interne relie la surface visible à la couronne externe déjà mieux suivie par d’autres instruments. C’est là que le vent solaire s’accélère et que se développent des structures qui peuvent accompagner les éjections de masse coronale. En juin, l’ESA rapportait que les premiers jeux de données d’ASPIICS suivaient des éléments se déplaçant entre 250 et 500 kilomètres par seconde, plus vite que certaines estimations antérieures pour cette zone. La calibration du 12 août doit rendre les mesures suivantes plus robustes, pas remplacer leur analyse.
La prouesse est aussi opérationnelle. Proba-3 suit une orbite de 19 h 40 et reforme son alignement près du point le plus éloigné de la Terre, où la gravité perturbe moins la paire. Une séquence d’éclipse artificielle peut durer plusieurs heures, puis les engins rompent la formation avant de la reprendre au cycle suivant. Le contrôle au sol lance la procédure, mais les satellites mesurent et corrigent ensuite leur position relative de façon autonome avec leurs caméras, leur laser et le capteur centré sur l’ombre.
Les éclipses naturelles et artificielles ne sont donc pas concurrentes. La première offre un écran exceptionnellement propre mais seulement pendant quelques minutes et sur une bande étroite de la Terre. La seconde peut être répétée à chaque orbite et tenue pendant des heures, au prix d’un système plus complexe et d’une petite lumière résiduelle. Leur superposition a fourni exactement la comparaison que l’équipe ne pouvait pas programmer avec un autre satellite.
Selon l’ESA, l’occasion ne devrait pas se répéter entièrement pendant la durée prévue de la mission. La Lune doit encore traverser une partie du champ d’ASPIICS en 2027 puis en 2028, mais sans couvrir totalement le Soleil vu depuis Proba-3. Ces passages partiels pourront rester utiles pour contrôler la géométrie et la réponse de l’instrument. Ils ne reproduiront pas les 8 min 40 s pendant lesquelles ni le disque solaire ni le bord éclairé de l’occulteur ne dominaient le détecteur.
La double éclipse du 12 août résume ainsi la logique de Proba-3. Le spectacle visible depuis le sol a offert, en orbite, un banc d’essai imprévu mais parfaitement exploitable. L’image la plus remarquable n’est pas seulement celle de la Lune devant le Soleil. C’est l’écart mesurable entre deux noirs, celui fabriqué par un disque de 1,4 mètre et celui produit par un astre entier. Cet écart doit aider ASPIICS à mieux lire la faible lumière de la couronne.
Sources
- Agence spatiale européenne, « Proba-3’s eclipse hours before totality in Europe », publié le 14 août 2026. Vérifié: 65e éclipse artificielle, entrée de la Lune dans le champ pendant près de trois heures, totalité de 8 min 40 s, ombre naturelle plus large, lumière parasite et passages partiels attendus en 2027 et 2028.
- Agence spatiale européenne, « A double eclipse for Proba-3 », publié le 14 août 2026. Vérifié: chronologie du 12 août, altitude d’environ 60 000 km, durée maximale au sol de 2 min 18 s, filtres polarisants et comparaison des deux occultations.
- Agence spatiale européenne, « How ESA mimics and models the 2026 total solar eclipse », publié le 10 août 2026. Vérifié: séparation de 150 mètres, rôle de l’occulteur et d’ASPIICS, orbite de 19 h 40, durée des éclipses artificielles et intérêt de la couronne interne.
- Agence spatiale européenne, « Proba-3’s first artificial solar eclipse », consulté le 16 août 2026. Vérifié: disque de 1,4 mètre, ombre de 8 centimètres sur l’ouverture de 5 centimètres, précision millimétrique et réduction de la lumière parasite.
- Agence spatiale européenne, « First Proba-3 science: surprisingly speedy solar wind », publié le 23 juin 2026. Vérifié: premières données scientifiques, observation à partir de 70 000 km au-dessus de la surface solaire et structures suivies entre 250 et 500 km/s.
Note de la rédaction. Article vérifié le 16 août 2026 à partir des pages techniques et des produits multimédias de l’Agence spatiale européenne. Les distances de l’illustration sont volontairement comprimées et ne constituent pas un schéma à l’échelle. Les résultats scientifiques de la double éclipse restent soumis aux analyses et calibrations de l’équipe ASPIICS.
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