Fumées de forêt: le risque respiratoire suit le panache
En Gironde, l’épisode de particules PM10 restait actif le 31 juillet malgré l’amélioration des incendies. Voici ce que montre la surveillance sanitaire et comment réduire l’exposition.

Un incendie peut cesser de progresser sans que son effet sur l’air disparaisse immédiatement. Vendredi 31 juillet à 10 h 15, Atmo Nouvelle-Aquitaine constatait une diminution progressive des émissions en Gironde et dans les Landes. L’incendie de Biscarrosse était maîtrisé et l’épisode de pollution y était levé. En Gironde, des fumerolles et des points chauds subsistaient encore: l’épisode de pollution aux particules PM10 restait donc maintenu, avec un impact décrit comme surtout localisé près des zones incendiées.
Ce décalage est le point utile pour la santé. Le front de feu, la fumée visible et la pollution mesurée ne suivent pas exactement la même horloge. Le panache se déplace avec le vent, tandis que des zones chaudes peuvent continuer à émettre des particules. Atmo prévoyait vendredi un déplacement ponctuel vers des secteurs au sud de l’agglomération bordelaise, mais avec une intensité moindre. Ses stations de Bordeaux relevaient depuis le 27 juillet des moyennes journalières de PM10 inférieures au seuil d’information et de recommandation.
Une valeur sous ce seuil dans l’agglomération ne signifie toutefois pas que chaque commune respire le même air. Le panache est mobile et les concentrations peuvent varier localement. De plus, une qualité de l’air dégradée sur la carte régionale peut être liée aux particules des incendies, mais aussi à l’ozone favorisé par la chaleur. Le contrôle le plus pertinent consiste donc à consulter le détail par commune et par polluant sur Atmo, puis à suivre les consignes de la préfecture et de l’ARS si le panache change de direction.
La surveillance sanitaire apporte un autre signal, avec des limites précises. Dans son bulletin du 29 juillet, Santé publique France relève entre le 24 et le 26 juillet une hausse de la part des recours pour asthme dans les urgences et chez SOS Médecins à Bordeaux Métropole. L’agence observe aussi, sur la semaine du 20 au 26 juillet, une tendance à la hausse des passages pour dyspnée ou insuffisance respiratoire aiguë dans les urgences bordelaises. L’activité toutes causes restait, elle, dans les fluctuations habituelles des établissements suivis.
Ces données ne constituent pas un décompte de patients dont la maladie aurait été causée par la fumée. Le dispositif analyse des recours aux soins dans le temps et met en évidence des variations qui coïncident avec les feux et les épisodes de pollution. Santé publique France qualifie l’impact sanitaire observé de limité et rappelle que la médecine libérale n’est pas couverte, pas plus que les personnes symptomatiques qui n’ont pas consulté. La prudence impose donc de parler d’un signal cohérent, pas d’une preuve individuelle de causalité.
Pourquoi la fumée reste-t-elle préoccupante à distance? L’Anses explique qu’elle contient un mélange variable de gaz et de particules, selon la végétation, la combustion, l’humidité et l’éloignement. Environ 80 % des particules en suspension produites par ces feux sont fines, avec une majorité de particules carbonées de moins d’un micromètre. Elles peuvent être transportées sur plusieurs centaines de kilomètres. Le monoxyde de carbone est surtout un enjeu près de l’incendie, tandis que la composition inclut aussi des oxydes d’azote et des composés organiques volatils.
À court terme, l’inhalation peut irriter les yeux, la gorge et les voies respiratoires. L’expertise de l’Anses associe l’exposition à des symptômes respiratoires, à des consultations ou hospitalisations pour asthme et autres maladies pulmonaires chroniques, ainsi qu’à une altération transitoire de la fonction pulmonaire. Des effets cardiovasculaires sont possibles, mais l’agence juge les preuves plus limitées et hétérogènes. L’image d’un danger uniforme pour toute la population serait donc aussi inexacte que l’idée d’une fumée sans conséquence hors de la zone brûlée.
La vigilance doit être renforcée pour les nourrissons et les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, celles qui vivent avec de l’asthme, une maladie respiratoire ou cardiovasculaire, du diabète, une immunodépression ou une autre maladie chronique. Les conditions de logement et l’accès à l’information comptent également: l’Anses souligne que la précarité peut augmenter à la fois l’exposition et la vulnérabilité. Les proches peuvent aider en vérifiant les alertes locales et en limitant les sorties pendant le passage du panache.
À domicile, les recommandations officielles sont temporaires et liées à la présence des fumées. Quand le panache est dense, l’ARS conseille de fermer portes et fenêtres, d’occulter les aérations avec des linges humides et d’arrêter la ventilation mécanique contrôlée. Il faut ensuite aérer lorsque les conditions s’améliorent. Ajouter de la fumée à l’intérieur va dans le mauvais sens: tabac, bougies, encens et cheminée sont à éviter pendant l’épisode. Ces gestes réduisent l’exposition, mais ne rendent pas un logement parfaitement étanche.
À l’extérieur, la priorité est de raccourcir le temps d’exposition et de reporter l’activité physique intense. Atmo et l’ARS recommandent d’éviter le sport et les travaux physiques sous la fumée. Elles indiquent aussi qu’un masque filtrant de type FFP2 peut contribuer à réduire l’inhalation de particules pour une personne qui doit se déplacer ou rester sous le panache, particulièrement si elle est fragile. Le masque ne doit pas devenir une autorisation à prolonger inutilement l’exposition.
Les personnes qui suivent un traitement respiratoire ou cardiovasculaire doivent le poursuivre selon la prescription habituelle et garder leurs médicaments accessibles. En cas de gêne respiratoire ou de symptômes persistants, l’ARS recommande de demander l’avis d’un professionnel de santé. Une simple odeur gênante ou une irritation légère des voies respiratoires supérieures ne justifie pas, à elle seule, un appel au Samu. Pour une personne à risque, l’intensité ou l’aggravation des symptômes peut en revanche conduire à appeler le 15.
Une routine simple permet d’éviter les décisions contradictoires. Première étape: vérifier le polluant et la tendance dans sa commune, plutôt que de se fier uniquement à la couleur générale de la carte ou à l’odeur. Deuxième étape: pendant le panache, réduire sorties et effort, fermer temporairement les entrées d’air et supprimer les sources de pollution intérieure. Troisième étape: dès l’amélioration confirmée, aérer le logement et réévaluer les activités, sauf consigne locale plus restrictive.
La situation du 31 juillet montre enfin pourquoi un point de situation récent vaut mieux qu’une conclusion tirée de la veille. Les émissions baissaient, l’épisode était levé dans les Landes et les niveaux bordelais s’amélioraient, mais la Gironde restait en épisode PM10. Le message n’est ni que tout danger persiste partout, ni que la maîtrise d’un feu efface immédiatement son panache. Le bon repère est local: mesures de qualité de l’air, direction du vent, symptômes et recommandations des autorités.
Les fumées de forêt sont ainsi un risque de dispersion autant qu’un spectacle de flammes. Les particules peuvent franchir la limite visible de l’incendie, puis diminuer ou revenir avec la météo. Pour le lecteur, la réponse la plus solide tient moins à une protection unique qu’à une succession de gestes réversibles: vérifier, réduire l’exposition, protéger les personnes fragiles, puis rouvrir et reprendre les activités quand l’air s’améliore.
Sources
- Atmo Nouvelle-Aquitaine, « Incendies en Gironde et dans les Landes: suivi de la qualité de l’air », publié le 24 juillet et mis à jour le 31 juillet 2026. Vérifié: situation à 10 h 15, épisode PM10 maintenu en Gironde et levé dans les Landes, trajectoire possible du panache, niveaux bordelais et recommandations.
- Santé publique France, « Feux de forêt en Gironde et dans les Landes », bulletin du 29 juillet 2026. Vérifié: surveillance Oscour et SOS Médecins, hausse des recours pour asthme, tendances respiratoires, limites du dispositif et conclusion d’un impact sanitaire limité.
- ARS Nouvelle-Aquitaine, « Feux de forêts, impact sanitaire et recommandations », 30 juillet 2026. Vérifié: exposition au-delà du département, conduite à tenir sous le panache, FFP2, personnes à risque, recours aux soins et nettoyage humide des dépôts.
- Anses, « Pollution des feux de forêt », 20 juillet 2026. Vérifié: composition des fumées, transport des particules fines, effets respiratoires, incertitudes cardiovasculaires, populations vulnérables et prévention.
Note de la rédaction. Information générale vérifiée le 31 juillet 2026 à partir des autorités sanitaires et de surveillance de l’air. La qualité de l’air et le panache peuvent changer rapidement selon la commune et le vent. Ce contenu ne remplace pas un avis médical ni une consigne locale. En cas de gêne respiratoire importante ou d’aggravation, contactez un professionnel de santé ou le 15 selon l’intensité des symptômes.
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