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Android 18 doit ouvrir onze accès aux IA rivales de Gemini

Bruxelles impose à Google d’ouvrir commande vocale, contexte, actions dans les applications et modèles embarqués. L’essentiel doit arriver au plus tard le 1er août 2027, pas dès maintenant.

Deux flux d’assistants IA franchissent une passerelle en construction dans un smartphone Android conceptuel, activée par une pression sur la navigation.
Illustration conceptuelle: les mesures européennes doivent ouvrir aux assistants tiers l’invocation, le contexte, les actions et certaines ressources d’Android, selon un calendrier allant jusqu’en 2028. Image générée par IA

Un appui prolongé sur la barre de navigation, une phrase prononcée sans toucher l’écran, puis une action exécutée dans une autre application: ces gestes sont aujourd’hui beaucoup plus accessibles aux services de Google qu’aux assistants d’IA concurrents sur Android. La Commission européenne a décidé le 16 juillet de réduire cet écart. Elle a rendu contraignantes des mesures qui obligent Google à ouvrir onze fonctions du système. Pour les utilisateurs, le changement ne sera toutefois pas immédiat: l’essentiel est attendu avec Android 18, au plus tard le 1er août 2027.

La décision ne remplace pas Gemini et ne fait pas apparaître automatiquement un nouvel assistant dans les téléphones. Elle impose plutôt une égalité d’accès technique. Un service installé par l’utilisateur devra pouvoir invoquer certaines fonctions, comprendre le contexte autorisé, agir dans des applications et utiliser des ressources locales dans des conditions aussi efficaces que les services de Google. L’ouverture doit être gratuite pour les développeurs et s’appliquer à l’ensemble de l’écosystème Google Android, y compris aux appareils fabriqués par d’autres marques.

La première famille concerne l’invocation. Un assistant tiers devra pouvoir être lancé par un appui prolongé sur le bouton d’accueil ou la barre de navigation, des points d’entrée qui ne pourront plus être réservés à Google. Il pourra aussi réagir à son propre mot d’activation lorsque l’écran est éteint, en veille ou en mode économie d’énergie, si l’appareil dispose déjà du matériel nécessaire. La possibilité de maintenir plusieurs mots d’activation en parallèle arrivera plus tard: la Commission la rattache à Android 19, avec une échéance maximale au 1er août 2028.

La deuxième famille ouvre le contexte, avec le consentement de l’utilisateur. Les services concurrents pourront accéder de manière centralisée aux données que les applications ont choisi de conserver sur l’appareil et de partager. Ils pourront aussi recevoir des éléments venant de l’écran, du microphone, de la caméra, des haut-parleurs ou de capteurs comme la localisation, selon les autorisations accordées. L’objectif est de permettre, par exemple, une traduction en direct ou une suggestion liée à un trajet. Il ne s’agit pas d’un droit général à aspirer le contenu du téléphone.

Viennent ensuite les actions. Les assistants pourront utiliser des intégrations structurées pour envoyer un message, créer une note ou planifier un rendez-vous dans une application compatible. Certaines applications de Google, dont Gmail, Agenda, Drive, Docs, Maps, YouTube, Messages et Téléphone, devront être accessibles par ces canaux au niveau du système. Une autre fonction, l’automatisation de l’écran, doit permettre d’accomplir une suite d’étapes dans une fenêtre virtuelle en arrière-plan, par exemple consulter une liste puis ajouter ses éléments dans l’application d’un supermarché.

L’ouverture atteint aussi les réglages du système et les ressources de calcul. Un assistant tiers pourra, lorsque l’utilisateur l’y autorise, modifier la luminosité, gérer un média en cours de lecture, activer le mode « ne pas déranger » ou couper le Bluetooth. Il devra pouvoir appeler les modèles embarqués qui font partie du système, y compris les modèles Gemini Nano concernés, avec des garanties de performance comparables. Les développeurs pourront également installer leurs propres modèles locaux et les exécuter en arrière-plan selon des règles transparentes et non discriminatoires.

Cette profondeur explique pourquoi le consentement ne suffit pas à lui seul. Pour cinq capacités sensibles, Google pourra fixer des conditions objectives et non discriminatoires portant sur la confidentialité, la sécurité et l’intégrité: automatisation de l’écran, intégration structurée, réglages du système, accès centralisé aux données des applications et intelligence contextuelle. Des tiers indépendants participeront à la certification. Google doit publier un projet de conditions avant le 1er février 2027, arrêter le dispositif au 1er mai et commencer à recevoir les demandes à cette date. Une évaluation devra ensuite être achevée sous quatre semaines.

Ces garde-fous ne donnent pas à Google un droit illimité de sélectionner ses concurrents. La Commission interdit d’ajouter des exigences commerciales au programme et demande que les critères restent liés aux risques. Les réglages ne devront pas créer de friction inutile ni obliger un assistant à devenir le choix par défaut pour accéder à une fonction. Google devra fournir une documentation complète, une assistance technique et des possibilités de test, notamment en version bêta. Lorsqu’une nouvelle capacité couverte devient disponible pour un service de Google, elle devra aussi être proposée aux tiers.

Le calendrier permet de distinguer la décision de son effet visible. Android 18 constitue la prochaine grande version visée pour les onze fonctions, avec la date butoir du 1er août 2027. Les utilisateurs ne doivent donc pas chercher aujourd’hui un nouveau menu universel qui donnerait tous les pouvoirs à leur assistant favori. Chaque fournisseur devra développer l’intégration, réussir les contrôles applicables et décider dans quels pays et sur quels appareils il lance ses fonctions. Chaque application devra aussi choisir les actions et données qu’elle rend disponibles.

L’accès comparable ne signifie pas davantage résultat identique. La vitesse, la précision, le modèle économique et la politique de confidentialité resteront propres à chaque service. Un assistant peut recevoir le droit technique d’appeler une fonction sans proposer immédiatement un produit abouti en français. Les fabricants de téléphones conservent par ailleurs la possibilité de personnaliser Android, de préinstaller des applications et de différencier leurs interfaces, à condition de ne pas neutraliser l’interopérabilité. La décision ne leur impose pas non plus d’ajouter une puce à un appareil incapable de prendre en charge une fonction.

Bruxelles a adopté le même jour une autre décision sur le partage de données de Google Search avec des moteurs concurrents et certains chatbots de recherche. Les deux dossiers répondent au Digital Markets Act, mais ils ne doivent pas être confondus. L’ouverture d’Android porte sur les fonctions matérielles et logicielles du téléphone. Le partage de données concerne des requêtes, classements, clics et vues anonymisés destinés à améliorer des moteurs de recherche. Installer un assistant concurrent ne lui donne donc pas, par ce seul fait, accès aux recherches personnelles d’un utilisateur.

La procédure est enfin une spécification de conformité, pas une condamnation assortie d’une amende. Elle précise comment Google doit appliquer l’obligation d’interopérabilité du Digital Markets Act et reste susceptible de contrôle juridictionnel. La Commission suivra les travaux pendant les deux prochaines années à partir de rapports réguliers de Google. Le signal est néanmoins concret: à partir d’Android 18, le choix d’un assistant devra pouvoir dépasser une simple icône installée et atteindre les commandes, le contexte et les actions qui rendent un service réellement utile. Le résultat dépendra ensuite des implémentations et des choix explicites de chaque utilisateur.

Sources

  1. Commission européenne, « Commission provides guidance to Google for AI interoperability on Android and sharing of Google Search data under the Digital Markets Act », communiqué du 16 juillet 2026, consulté le 21 juillet 2026. Vérifié: caractère contraignant, objectifs, calendrier général et distinction entre les deux décisions.
  2. Commission européenne, portail du Digital Markets Act, « Alphabet specification proceedings – Interoperability for AI services », décision finale du 16 juillet 2026, consultée le 21 juillet 2026. Vérifié: onze fonctions, quatre familles, exemples d’usage, consentement, certification, obligations générales et échéances Android 18 et Android 19.
  3. Commission européenne, affaire DMA.100220, « Alphabet – OS – Google Android – Art. 6(7) – SP – AI », mesures finales non confidentielles du 16 juillet 2026, consultées le 21 juillet 2026. Vérifié: portée technique détaillée, égalité d’accès, calendrier d’implémentation, tests, documentation et suivi.
  4. Union européenne, règlement (UE) 2022/1925 relatif aux marchés contestables et équitables dans le secteur numérique, consulté le 21 juillet 2026. Vérifié: base légale de l’interopérabilité à l’article 6, paragraphe 7, et procédure de spécification à l’article 8.
  5. Commission européenne, « Commission opens proceedings to assist Google in complying with interoperability and online search data sharing obligations under the Digital Markets Act », 27 janvier 2026, consulté le 21 juillet 2026. Vérifié: origine et nature de la procédure, périmètre initial et absence de constat de non-conformité à ce stade.

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