Data Act: le 12 septembre ne crée pas un bouton sur chaque objet
Les produits connectés mis sur le marché après le 12 septembre 2026 doivent intégrer l’accès aux données dès leur conception. Pour les appareils plus anciens, le droit existe déjà, souvent par une demande.

Un lave-linge connecté peut mesurer la température, la durée du cycle, le niveau d’eau et certains états de panne. Son application n’en montre parfois qu’un voyant vert. Pour un réparateur indépendant, les valeurs derrière ce voyant peuvent pourtant aider à comprendre le fonctionnement réel de l’appareil, à condition que l’utilisateur puisse les obtenir dans un format exploitable.
C’est l’un des objectifs du Data Act européen. Le règlement veut éviter que les données produites par un objet connecté restent utilisables uniquement par son fabricant. Une nouvelle étape approche: l’obligation de conception prévue à l’article 3, paragraphe 1, s’appliquera aux produits connectés et aux services connexes mis sur le marché après le 12 septembre 2026.
Ce jalon ne marque pas le début du Data Act et ne promet pas un bouton « Exporter » sur chaque appareil. Trois distinctions permettent de le lire correctement: le droit d’accès existe déjà, la mise sur le marché n’est pas la date du passage en caisse, et les données d’un capteur ne comprennent pas automatiquement toutes les analyses du fabricant.
Le droit d’accès existe depuis 2025
Le règlement est applicable depuis le 12 septembre 2025. Il couvre les utilisateurs qui possèdent, louent ou prennent en crédit-bail un produit connecté, ainsi que les bénéficiaires de certains services connexes. Lorsque les données ne sont pas directement accessibles depuis l’objet ou le service, leur détenteur doit rendre les données facilement disponibles accessibles à l’utilisateur, avec les métadonnées nécessaires pour les comprendre.
L’accès doit être aisé, sécurisé et sans frais pour l’utilisateur. Le texte prévoit une qualité identique à celle dont bénéficie le détenteur, un format complet, structuré, couramment utilisé et lisible par machine, ainsi qu’une simple demande électronique lorsque cela est techniquement possible. Il ne garantit toutefois ni conservation illimitée, ni création rétroactive de mesures que l’appareil n’a jamais stockées ou transmises.
L’utilisateur peut demander l’envoi des données à un tiers, par exemple un réparateur ou un service de maintenance. Ce tiers n’obtient pas un droit sans limite: contrat, finalité, données personnelles, secrets d’affaires et sécurité restent applicables.
Ce qui change après le 12 septembre 2026
Pour les produits et services concernés mis sur le marché après cette date, l’accès ne doit plus être traité comme une procédure ajoutée à la fin. L’article 3 exige que les données relatives au produit et au service connexe, avec les métadonnées utiles, soient accessibles par défaut de manière aisée, sécurisée et gratuite pour l’utilisateur. La conception doit donc prévoir le chemin par lequel les données pourront sortir et être réutilisées.
Le règlement ne fixe pourtant pas une prise universelle, une touche standard ou une application européenne. L’accès direct n’est demandé que lorsqu’il est pertinent et techniquement possible. Selon le produit, la solution peut prendre la forme d’un téléchargement, d’un portail, d’une interface de programmation ou d’un autre moyen documenté. L’essentiel est que le résultat soit exploitable, pas que tous les appareils présentent le même écran.
Les appareils plus anciens ne devront donc pas tous être modifiés le 12 septembre. Leur architecture n’entre pas rétroactivement dans cette obligation de conception. En revanche, leurs utilisateurs peuvent déjà exercer le droit d’accès applicable depuis 2025 sur les données facilement disponibles pour le détenteur. L’absence de bouton visible n’est ni une preuve de conformité, ni une preuve d’infraction.
La date d’achat ne tranche pas à elle seule
La mise sur le marché est une notion précise. La foire aux questions de la Commission la relie au premier transfert d’un exemplaire entre acteurs économiques après sa fabrication. Chaque produit n’est mis sur le marché de l’Union qu’une fois; les opérations suivantes sont des mises à disposition. La règle s’attache donc à l’appareil concret, pas simplement au nom du modèle ou à son année de catalogue.
Un objet acheté le 15 septembre 2026 peut avoir été mis sur le marché auparavant. Un modèle conçu plus tôt peut aussi continuer à être fabriqué en plusieurs exemplaires, chacun avec sa propre trajectoire commerciale. Pour un produit d’occasion, la revente ne remet pas le compteur à zéro, mais le Data Act ne réserve pas le droit d’accès au premier propriétaire.
Les données visées ne sont pas toutes les informations
Le cœur du dispositif réunit les données brutes et prétraitées générées par l’utilisation et facilement disponibles pour le détenteur, avec les métadonnées qui les rendent compréhensibles. La Commission cite notamment la température, la pression, le débit, le niveau d’un liquide, la position, l’accélération ou la vitesse. Une mesure peut être prétraitée pour devenir utilisable sans pour autant constituer une analyse fortement enrichie.
Les inférences ou résultats dérivés par des investissements supplémentaires, notamment des algorithmes complexes, ne sont pas automatiquement inclus. Le contenu reste également distinct des données de fonctionnement: sur un téléviseur connecté, la luminosité mesurée peut entrer dans le champ, pas le film regardé. Si des données concernent d’autres personnes, le RGPD exige toujours une base juridique. Les secrets d’affaires et les risques sérieux pour la sécurité disposent aussi de mécanismes de protection encadrés.
Avant l’achat, demandez le chemin des données
Le règlement prévoit une information claire avant un achat, une location ou un crédit-bail. Elle doit notamment indiquer le type, le format et le volume estimé des données, leur production éventuelle en continu, leur lieu et durée de stockage, ainsi que la façon d’y accéder, de les extraire ou, le cas échéant, de les effacer. Pour un service connexe, la fréquence de collecte, l’identité du détenteur et la procédure de partage avec un tiers font aussi partie des points utiles.
Une courbe élégante dans l’application du fabricant ne répond pas à toutes ces questions. Elle peut résumer les mesures sans donner accès aux valeurs sous-jacentes. À l’inverse, l’absence d’un gros bouton ne signifie pas nécessairement que le droit est bloqué si une demande électronique simple mène à un fichier exploitable. Le bon test porte sur le parcours complet, depuis la mesure jusqu’à l’utilisateur ou au service qu’il choisit.
Comment formuler une demande utile
Commencez par identifier précisément le produit, sa version et le service associé, sans envoyer plus de données personnelles que nécessaire. Demandez ensuite quelles données de fonctionnement et métadonnées sont disponibles, sur quelle période, dans quel format et par quel canal. Si un réparateur doit les recevoir, nommez-le et indiquez la finalité. Conservez la demande, la réponse et la description commerciale fournie lors du contrat: ces pièces permettent de distinguer un refus, une limite technique et un simple malentendu sur le jeu de données.
La Commission propose aussi un service d’assistance juridique au Data Act pour les organisations qui cherchent à comprendre leurs obligations. Il apporte des orientations, mais ne remplace ni une autorité nationale, ni un tribunal, ni un conseil adapté à un litige. Pour un consommateur, le premier échange reste celui avec le vendeur, le fournisseur du service ou le détenteur identifié dans les informations contractuelles.
Le 12 septembre est donc une frontière de conception, pas une journée de mise à niveau automatique. Le droit utile se lit dans des questions concrètes: quelles données l’appareil produit-il, lesquelles sont disponibles, comment les récupérer et peut-on les transmettre à un service indépendant? Un bouton unique aurait été plus simple à photographier, mais il aurait mal décrit la règle.
Sources
- EUR-Lex, règlement (UE) 2023/2854, version française, articles 3, 4, 5 et 50. Vérifié: accès par conception, demande électronique, partage avec un tiers, information précontractuelle, application depuis 2025 et seuil des produits mis sur le marché après le 12 septembre 2026.
- Commission européenne, « Data Act explained », mise à jour du 15 décembre 2025. Vérifié: utilisateurs, produits et services concernés, données brutes ou prétraitées, contenus exclus, réparation, RGPD, secrets d’affaires et limites de sécurité.
- Commission européenne, foire aux questions sur le Data Act, version 1.4 du 22 janvier 2026. Vérifié: mise sur le marché de chaque exemplaire, occasion, accès direct ou indirect, qualité, format, délai et données facilement disponibles.
- Commission européenne, page générale « Data Act », mise à jour du 2 juillet 2026. Vérifié: calendrier, contrôle des données par l’utilisateur, transfert et bénéfices attendus pour la réparation et la maintenance.
- Commission européenne, « EU Data Act gives users control over data from connected devices », 12 septembre 2025. Vérifié: début d’application et exemples de produits connectés et de services après-vente.
- Commission européenne, Data Act Legal Helpdesk. Vérifié: service d’orientation pour les organisations, sujets couverts et nature de l’assistance.
Note de la rédaction. Information générale vérifiée le 1er septembre 2026, sans valeur de conseil juridique, contractuel, technique ou de protection des données. L’application à un appareil, un jeu de données, un utilisateur ou un tiers dépend de la mise sur le marché, du contrat, de l’architecture, du RGPD, des secrets d’affaires, de la sécurité et des règles sectorielles.
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